Premier week end en Guinée, les aventures reprennent...
Nous voilà partis pour Kindia, à 150 Km à l'est de Conakry, pour assister à la fête de départ d'une volontaire et profiter du pont pour passer quelques jours loin de l'étouffante capitale. Soirée dansante bien arrosée samedi soir, dans le centre ville, quelques blancs et surtout beaucoup de jeunes de Kindia, le tout dans une super ambiance, le week end commençait bien... Le dimanche encore mieux avec une après midi repos, baignade, djembé, guitare, thé, pet... au bord d'une cascade, à Killissi. J'oubliais, le tout accompagné d'une orgie de mangues et ananas, qui à cette époque croulent sur tous les étalages.
Lundi matin, nous décidons de partir à Gbelia Kholi à une dizaine de kilomètres de la ville, passer la journée et la nuit au bord d'un lac que l'on nous avait conseillé. De l'eau, c'est tout ce qu'on recherche, il fait trop chaud pour marcher en ce moment. Nous voilà donc partis en peugeot à 4 avec Arnaud, Coco et Val mes compagnons de grèves, sur la piste défoncée, moustiqaires, short de bain, percussions, nattes, casseroles, oignons et cubes Maggi, fin prêt pour une nuit en brousse.
Après avoir demandé plusieurs fois la route, nous arrivons au village, nous garons la voiture, nous sans être suivis par une nuée de gamins, le paysage est surréaliste, le lac est en fait une large vallée innondée qui sert de reserve d'eau pour Conakry, des arbres morts se dressent au milieu du peu d'eau qui reste en cette fin de saison sèche. De part et d'autres de cette vallée, des coteaux paissent les beufs et les moutons, puis se dressent les falaises du Mont gangan, les contreforts du massif de Fouta Djallon.
Nous passons la journée à l'ombre d'un Soghé, nous baignons un peu dans une eau peu rafraichissante, partageons notre repas avec deux jeunes villageois qui nous ont accompagné et un fou de passage. Ces jeunes nous précèdent, puis nous rentrons à la voiture en fin d'après midi, non sans avoir acheté du poisson, ramassé du bois, et fait une grille en bois vert pour notre dîner. Bonne soirée en perspective donc. Avant tout, nous prévoyons d'aller nous présenter auprès du chef du village, comme cela se fait ici.
Arrivés à la voiture, mauvaise surprise, la porte à été forcée et beaucoup d'affaires ont disparu, argent, téléphones, chaussures, médicaments... En partant le matin, nous avions proposé au jeunes de laisser quelqu'un pour garder la voiture, moyennant un petit billet, ces derniers nous avaient répondus qu'il n'y a pas de bandit et que fermer la voiture à clé était suffisant. Ayant confiance dans les villageois, nous avions laissés nos affaires dans le coffre.
Nous partons donc tous les 4 auprès du chef du village, accompagnés de gamins que venaient de tirer un héron. Nous arrivons à la concession du chef, les chaises sont sorties, sous le manguier, cernés par une centaine de paires d'yeux qui observent la scène inhabituelle. Après une dizaine de minutes de présentation et palabres, nous posons enfin notre problème, le chef ne parle pas français, Mr Camara, un notable du village fait la médiation, en Afrique, parler peu est un signe de pouvoir, la classe, c'est d'avoir son médiateur, de faire parler son "petit", pour n'intervenir trés sollenellement qu'au début et à la fin.
Mr Camara nous fait part de sa déception tout en nous faisant signaler que nous n'avons pas respecté la procédure qui consiste à aller se présenter au chef en arrivant au village, il nous aurait indiqué où garder la voiture en lieu sûr. Nous allons constater les faits, ramenons la voiture, nous rasseyons et reprenons la discussion, cette fois avec les deux jeunes nous ayant accompagnés, suspects au yeux du chefs qui les a convoqués. Les palabres reprennent, en sousou, la langue de l'ethnie du même nom qui occupe la partie ouest du pays. Bien evidemment, nous comprenons que les jeunes nient toute implication dans le vol. Petit détail que nous avons appris par la suite, un des jeunes et le fils du chef. Nous quittons le village dans une ambiance surchauffée, pour le chef les jeunes sont coupables, il s'engage à les maintenir sur place et nous demande de revenir avec les gendarmes, ce qui ne leur convient pas, on peut les compredre quand on connaît la finesse des militaires guinéens. Sur les recommandations du vieux, nous reprenons la route pour Kindia, accomagnés de Mr Camara pour revenir avec les gendarmes pour embarquer les jeunes.
La nuit tombe et une belle lune nous éclairent la piste jusqu'a Kindia, nous laisson Val et Coco à la maison pour des raisons de place, passons chercher le secrétaire communautaire de la collectivité administrant le village où a eu lieu le vol, puis allons à la gendarmerie, c'est là que les difficultés commencent... Les militaires guinéens, moins on les voit, mieux on se porte...
Les 2 guinéens présents avec nous font leur rapports, on ne nous demande pas notre avis. La mission est claire, ramener les deux suspects pour procéder à l'enquête. Le problème est encore plus simple, la gendarmerie de Kindia ne dispose d'aucun véhicule, rien, meme pas un vélo et devinez qui doit payer un véhicule supplémentaire, tu te fait piquer plus d'un million mais il faiut rajouté 40 000 pour déplacer un véhicule. Nous embarquons le commandant adjoint, accompagné d'un troufion, pour accomplir la pré-mission qui consiste à trouver un véhicule, pas moyen à la gare de taxi, nous commençons donc à nous engager sur la piste près à nous serrer. Le soucis, c'est que Nono et moi n'étions pas franchement enchantés à l'idée de renter à 7 dans la 306 avec des bidasses armés et deux suspects... c'est là à la sortie de la ville, vers 21H00, que la Pigeot, la reine des piste nous lâche, problème éléctrique, pas moyen d'avancer TIN TIN..
Petit détail quand même, le troufion nous a fait déplacer une natte de 2m enroulée dans la voiture; bien calée sur le côtépour la seule raison qui ne voulait pas l'enjamber, sans doute par superstition. A l'énervement de Mr Camara qui se retrouvait géné par la natte, le troufion, originaire de la fôret, n'a trouvé comme réponse que : "l'Afrique à ses mystères"...No coment
Nous voilà donc au beau milieu d'une nuit chaude et claire à chercher un véhicule dans le quartier, opération qui durera près de 3 heures, là je vous épargnerai les détail de recherche de véhicule. En gros, le téléphone ne marche pas moyens de joindre des amis véhiculés, nous partons donc à la recherche à pied dans le quartier. Le jeu, c'est dès que l'on voit une rare voiture garée devant une maison nous cherchons le chauffeur, puis le propriétaire, puis négocions, tout ça pour revenir au véhicule en panne et retrouver le troufion pionçant sur le coffre arrière et le commandant ronflant dans le véhicule...si, si, c'est vrai...
Aurélie, la volontaire qui finit son contrat, finit par nous joindre vers 23H30, au moment où nous venions de trouver une 309 complètement pourrie, nous partons donc à deux véhicules, mentionnant bien aux bidasses de ne pas monter dans la 505, comme le veux la règle dans les voitures d'ONG, pas d'armes.
Nous arrivons dans le village obcure et endormis vers 00H30, réveillons le chef du village, nous remettons en cercle, tout le monde fatigués peu enclin aux palabres à une telle heure. Quelques jeunes sont autour, on nous amènent nos poissons grillés que l'on avait confiés à une maman avant de partir. Les discussion commencent en sousou, Aurélie fait remarquer non sans une pointe de reproche qu'il serait plus respectueux de nous traduire, les discussions reprennent en sousou, la tension est palpable. Je sens qu'il est au contraire nécéssaire de laisser faire le commandant qui tente de comprendre, de négocier, je comprend vite que les jeunes ne sont pas là. Pour la comparaison quand deux gendarmes, un peul et un forestier débarquent dans village sousou, c'est à peu près comme si un gendarme parisien débarque dans un village de haute-Corse pour faire une enquête; il est face à un mur...Visiblement le village couvre les deux jeunes, et on peut le comprendre parce qu'on ne ressort pas indemne ne serait-ce que d'une nuit à la gendarmerie.
La tâche n'est donc pas aisée pour le commandant, le troufion rajoute de l'huile sur le feu et Mr Camara s'énérve, quittant sa chaise puis se fait rappeler à l'ordre par le chef, il va se rasseoir, j'observe la scène démunis, implorant en moi même Aurélie de faire preuve de plus de diplomatie. Elle dénonce la morale du village, la honte, avec une fougue que j'analyserais comme une revanche la veille de son départ après plus de 2 ans à Kindia. Le commandant demande à Mr Camara de garder son calme en expliquant que lui aussi à été vexé d'avoir été obligé de monter dans la 309 pourrie alors que les blancs étient dans la 505 familiale, sur quoi Aurélie l'accuse de divaguer. Le Commandant émet l'idée d'embarquer le père d'un des jeunes, qui bien sûr est à la pêche nous répond-on, les gendarmes, impuissants face à l'omerta villageoise se découragent vite de cette mission dans laquelle ils ne voient pas leur intérêt. Le vieux chef du village semble de bonne fois mais démunis, humilié de ne pas tenir ses petits. Les quelques jeunes nous écoutent derrière, surement prêt à faire le compte rendu aux deux suspects planqués quelque part.
Le débat prend fin, Aurélie repart à la voiture, j'essaye de discuter avec le chef en apparté, je lui dit que demain ils n'auront pas faim grâce au butin du vol mais qu'après demain son village sera salit, bannit des étrangers, que si ce vol reste impunit, quel sera l'exemple pour les petits frères des voleurs ? Je lui explique que nous nous intéressons seulement à nos affaires et lui donne ma parole que les jeunes ne seront pas inquitétés si les affaires sont retrouvées, je sers la main au chef, m'incline pour marquer le respect et rejoint la voiture. Celui-ci me rappelle, je me rend compte que je ne l'ait pas laissé répondre. Il me fait part de sa détermination à retrouver les affaires, nous rentrons, les noirs dans la 309, les blancs dans la 505, après avoir laissé 35 000 francs au chauffeur, arrivons à la maison à 4 heures du matin, je vide 3 verres de Rhum sec et tombe sur mon lit en me disant, ça y'est c'est repartit, je suis bien en Guinée.
Le lendemain, nous avons vu le sous-préfet, tentés de programmer une délégation qui se rendrai au village, aujourd'hui, jeudi, toujours pas de nouvelle...